{"id":2735,"date":"2014-10-01T21:53:10","date_gmt":"2014-10-01T20:53:10","guid":{"rendered":"http:\/\/livre-europeen.eu\/new2014\/?p=2735"},"modified":"2019-02-13T13:10:13","modified_gmt":"2019-02-13T12:10:13","slug":"la-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/livre-europeen.eu\/?p=2735","title":{"rendered":"La Petite Communiste qui ne souriait jamais"},"content":{"rendered":"<h3><b>Lola Lafon<\/b><\/h3>\n<p><b>Informations g\u00e9n\u00e9rales<\/b><\/p>\n<p>320 pages<br \/>\n<i>Editions Actes Sud<br \/>\n<\/i>Janvier 2014<\/p>\n<p><b>Biographie de l\u2019auteur<\/b><\/p>\n<p>\u00c9crivain et musicienne, <b>Lola Lafon<\/b> est l\u2019auteur de trois romans parus aux \u00e9ditions Flammarion : <i>Une fi\u00e8vre impossible \u00e0 n\u00e9gocier<\/i> (2003 ; \u201cJ\u2019ai Lu\u201d, 2006) ; <i>De \u00e7a je me console<\/i> (2007 ; \u201cJ\u2019ai Lu\u201d, 2011) et <i>Nous sommes les oiseaux de la temp\u00eate qui s\u2019annonce<\/i> (2011). Elle a \u00e9galement sign\u00e9 deux albums chez Harmonia Mundi : <i>Grandir \u00e0 l\u2019envers de rien<\/i> (2006) et <i>Une vie de voleuse<\/i> (2011).<\/p>\n<p><b>Pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9diteur<\/b><\/p>\n<p>Retra\u00e7ant le parcours d\u2019une f\u00e9e gymnaste, qui, dans la Roumanie des ann\u00e9es 1980 et sous les yeux \u00e9merveill\u00e9s de la plan\u00e8te enti\u00e8re, vint, en son temps, mettre \u00e0 mal guerres froides, ordinateurs et records, ce roman est le portrait d\u2019une enfant, puis d\u2019une femme, \u00e9vad\u00e9e de la pesanteur, sacralis\u00e9e par la puret\u00e9 de ses gestes et une existence int\u00e9gralement d\u00e9volue \u00e0 la recherche de la perfection. En mettant en exergue les d\u00e9voiements du communisme tout autant que la falsification, par les Occidentaux, de ce que fut la vie dans le bloc de l\u2019Est, ce r\u00e9cit, lui-m\u00eame subtilement acrobate, est aussi une passionnante m\u00e9ditation sur l\u2019invention et l\u2019impitoyable \u00e9valuation du corps f\u00e9minin.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est un dialogue fantasm\u00e9 entre Nadia Comaneci, la jeune gymnaste roumaine de quatorze ans devenue, d\u00e8s son apparition aux J. O. de 1976, une idole pop sportive \u00e0 l\u2019Ouest et \u00ab plus jeune h\u00e9ro\u00efne communiste \u00bb \u00e0 l\u2019Est, et la narratrice, \u00ab Candide occidentale \u00bb fascin\u00e9e, qui entreprend d\u2019\u00e9crire son histoire, doutant, \u00e0 raison, des versions officielles. L\u2019histoire d\u2019une jeune fille face \u00e0 ses juges, qu\u2019ils soient sportifs, politiques, m\u00e9diatiques, d\u00e9sir\u00e9e et manipul\u00e9e \u00e9galement par les \u00c9tats, qu\u2019ils soient communistes ou lib\u00e9raux. L\u2019histoire, aussi, de ce monde disparu et si souvent caricatur\u00e9 : l\u2019Europe de l\u2019Est o\u00f9 j\u2019ai grandi, coup\u00e9e du monde, aujourd\u2019hui enfouie dans une Histoire close par la chute d\u2019un Mur.<\/p>\n<p>Comment raconter cette \u00ab petite communiste \u00bb \u00e0 qui toutes les petites filles de l\u2019Ouest ont r\u00eav\u00e9 de ressembler et qui reste une des derni\u00e8res images m\u00e9diatiques non sexualis\u00e9e de jeune fille sacralis\u00e9e par un Occident en manque d\u2019ange la\u00efque ?<\/p>\n<p>La Petite Communiste qui ne souriait jamais est l\u2019histoire de diff\u00e9rentes fabrications et r\u00e9\u00e9critures : r\u00e9\u00e9criture, par Ceau\u015eescu, du communisme dans la Roumanie des ann\u00e9es 1980, fabrication du corps des gymnastes \u00e0 l\u2019Est comme \u00e0 l\u2019Ouest, r\u00e9\u00e9criture occidentale de ce que fut la vie \u00e0 l\u2019Est, r\u00e9\u00e9criture et fabrication du r\u00e9cit par l\u2019h\u00e9ro\u00efne-sujet, qui contredit souvent la narratrice et, enfin, r\u00e9\u00e9criture du corps f\u00e9minin par ceux qui ne se lassent jamais de le commenter et de le noter\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est cette phrase-l\u00e0, \u00e0 la une d\u2019un quotidien fran\u00e7ais, commentant Nadia Comaneci aux J. O. de Moscou, qui m\u2019a d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 \u00e9crire ce roman : \u00ab La petite fille s\u2019est mu\u00e9e en femme, verdict : la magie est tomb\u00e9e. \u00bb Ce roman est, peut-\u00eatre, un hommage \u00e0 celle-l\u00e0, qui, d\u2019un coup de pied \u00e0 la lune, a ravag\u00e9 le chemin r\u00e9tr\u00e9ci qu\u2019on r\u00e9serve aux petites filles, ces petites filles de l\u2019\u00e9t\u00e9 1976 qui, gr\u00e2ce \u00e0 elle, ont r\u00eav\u00e9 de s\u2019\u00e9lancer dans le vide, les abdos serr\u00e9s et la peau nue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><b>Extraits<br \/>\n<\/b><i>\u00ab\u00a0Quel \u00e2ge a-t-elle, demande la juge principale, incr\u00e9dule, \u00e0 l\u2019entra\u00eeneur. Ce chiffre, quatorze, lui donne un frisson. Ce que la petite a effectu\u00e9 \u00e0 l\u2019instant d\u00e9zingue le d\u00e9roulement des chiffres, des mots et des images. Il ne s\u2019agit plus de ce que l\u2019on comprend. On ne saurait noter ce qui vient d\u2019advenir. Elle jette la pesanteur par-dessus son \u00e9paule, son corps fr\u00eale se fait de la place dans l\u2019atmosph\u00e8re pour s\u2019y lover. Mais pourquoi personne ne les a pr\u00e9venus qu\u2019il fallait regarder par l\u00e0, ragent ceux qui ratent le moment o\u00f9, sur les dix centim\u00e8tres de largeur de la poutre, Nadia C. se lance en arri\u00e8re et, les bras en croix, donne un coup de pied \u00e0 la lune, saut \u00e0 l\u2019aveugle, et ils se tournent les uns vers les autres, est-ce que quelqu\u2019un a compris, est-ce que vous avez compris\u00a0? Le panneau \u00e9lectronique affiche COMANECI NADIA, ROMANIA suivi de 73, son dossard, et l\u00e0 o\u00f9 il devrait y avoir sa note\u00a0: rien.\u00a0\u00bb p.13<\/i><\/p>\n<p><b>Critiques<\/b><i><br \/>\n\u00ab\u00a0C&rsquo;est vrai qu&rsquo;elle avait un c\u00f4t\u00e9 Buster Keaton, \u00ab l&rsquo;homme qui ne souriait jamais \u00bb. Le corps gracile et muscl\u00e9, capable de se propulser dans les airs comme un cocktail Molotov, et de retomber sur ses pieds, imperturbable, souveraine. Nadia Comaneci a r\u00e9volutionn\u00e9 le monde de la gymnastique, \u00e0 14 ans, aux JO de 1976. Les moins de 40 ans ne peuvent gu\u00e8re s&rsquo;en souvenir. Lola Lafon a tout juste 40 ans. Et elle s&rsquo;en souvient comme si elle y \u00e9tait. La preuve que la transmission passe par des canaux myst\u00e9rieux, des fils invisibles qui relient les \u00eatres. De la poussi\u00e8re de magn\u00e9sie, tomb\u00e9e des mains de la gymnaste prodige, a d\u00fb voler jusqu&rsquo;\u00e0 son lit de petite fille de 3 ans, comme une poudre magique. Sinon, comment aurait-elle pu \u00e9crire un roman aussi acrobatique, aussi int\u00e9rieur, au plus pr\u00e8s des sensations de la championne roumaine ? Lola Lafon a trouv\u00e9 son sujet, son double, son miroir, et du choc de cette rencontre jaillit un texte impressionnant de ma\u00eetrise et de po\u00e9sie, comme les num\u00e9ros de voltige de Comaneci. Cette ad\u00e9quation de forme est le secret de la r\u00e9ussite du livre. Loin du biopic \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine, le r\u00e9cit prend des risques, ose des apart\u00e9s imaginaires entre la romanci\u00e8re et l&rsquo;athl\u00e8te, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans les airs avec des descriptions hallucin\u00e9es des prouesses sportives, encha\u00eene les figures litt\u00e9raires les plus personnelles et les plus justes, embrasse la totalit\u00e9 d&rsquo;une personne hors du commun, avec une \u00e9conomie de moyens et un sens de l&rsquo;\u00e9quilibre saisissants.<\/i><\/p>\n<p><i>De Nadia Comaneci, sa grande s\u0153ur d&rsquo;\u00e2me, sa compatriote silencieuse, son mod\u00e8le de force et de fragilit\u00e9, Lola Lafon restitue toute l&rsquo;ambivalence. A la fois moteur et victime, sujet et objet, l&rsquo;athl\u00e8te avance, encore et toujours, \u00ab plante carnivore de dangers dont il faut la gaver [&#8230;], elle grignote l&rsquo;impossible, le range de c\u00f4t\u00e9 pour laisser place \u00e0 la suite, toujours la suite. \u00bb Or, il arriva un jour que la suite soit un grand gouffre. Celle qui ne tombait jamais sombra dans l&rsquo;anonymat, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9chiquet\u00e9e par ceux qui la port\u00e8rent aux nues. La force de Lola Lafon est d&rsquo;introduire d&rsquo;imperceptibles trous dans son r\u00e9cit, d&rsquo;y incruster des zones de disparition, de transparence, de vide. Elle titube lentement derri\u00e8re sa muse, \u00ab somnambule de sa propre enfance \u00bb, et le livre fend la brume de la d\u00e9ch\u00e9ance avec une pudeur et une justesse exemplaires. Un destin se dessine, terriblement \u00e9mouvant, celui d&rsquo;une adolescente qu&rsquo;on voulut figer dans l&rsquo;innocence. Mais, Lola Lafon ne cesse de le r\u00e9p\u00e9ter, Nadia Comaneci \u00e9tait un petit \u00e9cureuil, incapable de tenir en place. Ecrit comme un livre qu&rsquo;on se passe sous le manteau, un br\u00fblot de r\u00e9sistance plein de sens cach\u00e9s, La Petite Communiste qui ne souriait jamais met en regard la dictature communiste d&rsquo;hier et l&rsquo;asphyxie capitaliste d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, d\u00e9nonce l&rsquo;absurdit\u00e9 d&rsquo;avoir quitt\u00e9 une prison pour une autre : avant, les gens \u00ab avaient constamment peur, c&rsquo;est vrai, peur qu&rsquo;on les entende dire des choses interdites, aujourd&rsquo;hui, on peut tout dire, f\u00e9licitations, seulement personne ne nous entend. \u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>Lola Lafon interroge le silence, donne \u00e0 entendre les cris \u00e9touff\u00e9s de ceux qui ont troqu\u00e9 un b\u00e2illon contre un autre. Sa parole est d&rsquo;or, et prouve que les langues d\u00e9li\u00e9es triompheront toujours, qu&rsquo;elles tracent leurs lettres dans les airs, du bout des doigts de pieds, ou sur le papier, \u00e9prises de libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Marine Landrot, <b>T\u00e9l\u00e9rama<\/b>, 31\/12\/2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lola Lafon<br \/>\n<strong>France<\/strong><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3290,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[315],"tags":[],"genre":[459],"annees":[469],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2735"}],"collection":[{"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2735"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2735\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4960,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2735\/revisions\/4960"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3290"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2735"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2735"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2735"},{"taxonomy":"genre","embeddable":true,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fgenre&post=2735"},{"taxonomy":"annees","embeddable":true,"href":"http:\/\/livre-europeen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fannees&post=2735"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}